ESTIMATION : 15 000 euros

STATUE ANTIQUE PALMYRE du II ème siècle de notre ère.

Cités du Désert, l'art antique au Proche -Orient, Palmyre en Syrie. Pièce de Musée.

Cette importante sculpture en pierre calcaire blanche de 27 kg, hauteur 44cm, profondeur 20cm, largeur 25cm, est une stèle à portrait, représentant un défunt, que l'on trouvait dans des sépultures collectives. Ces stèles bouchaient l'entrée de chaque loculus ou tombeau creusé dans la roche ou aménagé à l'intérieur de l'hypogée de tombeaux maisons. Cette stèle provient d'une vente aux enchères à Marseille en 1990, expertisée et vendue par l'expert Parisien Slitine. Un certificat de garantie et d'authenticité sera donné à l'acquéreur. Elle date de la période de la Reine Zénobie, qui fut retranchée à Palmyre, lors de sa défaite contre Aurélien. Il est inutile de rappeler la très grande rareté d'une telle pièce, que l'on trouve presque exclusivement en Musée.

Expertisé et vendu par l'Expert Parisien SLITINE. Reine Zénobie ?

This important white calcareous stone sculpture of 27 kg, height 44cm, depth 20cm, width 25cm, is a stele with portrait, representing late, that one found in collective burials. These steles stopped the entry of each loculus or tomb dug in the rock or arranged inside the hypogean one of tombs houses. This stele comes from an auction sale in Marseilles in 1990, appraised and sold by the expert Parisien Slitine. A certificate of guarantee and authenticity will be given to the purchaser. It dates from the period of the Zénobie Queen, who was cut off in Palmyre, at the time of her defeat against Aurélien. It is useless to point out the very great scarcity of such a part, which one almost exclusively finds in Museum.

Expertise and selling by known Parisien Expert SLITINE.

  • (Zenobiae - زنوبيا) ; Septimia Zenobia, Septimia Zenobia Augusta.
    Chez les Arabes : Zanobia (زَنوبيا), Zeinab (زينب), Hind (هند) et parfois Al-Zabbaa (الزبَّاء)
    Zeinab (زينب) : un mot arabe utilisé comme un prénom pour femme dans le sens que Zeinab est une espèce d'arbre de très joli d'aspect, donnant de belles fleurs dégageant une sublime odeur ; donc une femme portant ce prénom doit être belle, attirante par sa physique et ses parfums.
    En 1892 en Angleterre, il a été obtenu un nouveau rosier du groupe des rosiers mousseux ; son créateur l'a appelé " La Rose de Zenobia " en hommage à cette reine de Palmyre.
    Zabbaa (زبَّاء) : un prénom arabe désignant la femme à chevelure dense.

    D'après certaines références arabes, Zénobie serait la fille d'un prince arabe de Palmyre de la tribu de Banou sumayyda' (بنو سميدع).

    C'est une femme cultivée maîtrisant le Palmyrénien, le Grec, l'Égyptien et moyennement le Latin ; elle rédige d'ailleurs elle-même, un traité sur l'Histoire de l'Orient et de l'Egypte.

    Deuxième épouse d'Odénath (أُذينة), elle lui succède après son assassinat en 266/267 ; alors elle règne sur Palmyre pour le compte de son jeune fils Wahballat (وهب اللات) (c'est-à-dire le don d'Allât) .

    Zénobie est une femme très ambitieuse et déterminée ; est est inquiète par les perturbations au sein de l'Empire romain suite à la mort successive et rapprochée des empereurs : Gallien, Claude II le Gothique et son frère Quintillien ; elle mesure les menaces bien réelles que les Perses Sassanides font peser sur la sécurité des routes caravanières qui assuraient l'existence et l'épanouissement de sa cité ; elle décide donc de prendre les choses en main, et de poursuivre les objectifs fixés auparavant par son époux Odénath, (أُذينة) roi de Palmyre (تدمر) : assurer la sécurité de sa propre nation, en ignorant la volonté de Rome, et puis ... pourquoi pas ? ... diriger l'Empire comme impératrice ?!. Elle réussit ainsi, dès 269-270, à étendre son pouvoir sur toute la Syrie, l'Arabie (الجزيرة العربية) et la Palestine (فلسطين).

    Il a fallu attendre l’accession au trône de l'Empire, en septembre 270, l'énergique Aurélien, pour remettre de l'ordre et reprendre les territoires perdus à l'Ouest, puis à l'Est, pour cela il fallait anéantir la domination palmyrénienne en Orient par la prise de Palmyre et l'élimination de sa Reine, Zénobie.

    En effet, pendant la période mouvementée de la régence d'Aurélien, le contrôle des voies terrestres venant d'Asie (آسيا) et de l'Inde (الهند) était tombé entre les mains des Perses Sassanides ; pour y échapper, il fallait donc passer par la mer rouge.

    Premier acte, pour reprendre le contrôle du commerce venant de l'Asie et de l'Inde, Zénobie décida, en 270 d'étendre son pouvoir sur l'Égypte romaine ; son armée composée de 70 000 hommes, arriva en Égypte (مصر), destitua le gouverneur romain et installa une garnison palmyrénienne à Alexandrie. Une monnaie palmyrénienne fut frappée pour la première fois à Alexandrie (الإسكندرية), sur laquelle figurait le portrait de l'empereur Aurélien et celui du fils de Zénobie, Wahballat (وهب اللات), sensé prouver la fidélité de la reine, et montrer à l'empereur que Palmyre et sa reine ne voulaient pas s'affranchir de Rome (روما).

    Mais le deuxième acte qui eut lieu le 29 août 271, était une réelle déclaration d'indépendance vis-à-vis de Rome : elle ordonna ce jour là, la frappe de monnaie palmyrénienne sur laquelle on trouve écrit " L'Empereur César Wahballat ", et elle s'attribua personnellement le titre de " Septima Zenobia Augusta ", c'est-à-dire Zénobia Impératrice.

    Enfin, pour empêcher les attaques venant du Nord, elle laissa son armée envahir l'Anatolie (الأناضول) jusqu'à la région de Ancyre (Ankara aujourd'hui - أنقرة).

    Le parcours de la reine montre qu'elle n'agit pas comme une reine locale, mais bien au contraire, qu'elle se comporte comme une Impératrice romaine en quête du pouvoir absolu, c'es-à-dire de son couronnement à Rome : l'expansion dehors de la Syrie vers l'Arabie, l'Égypte puis l'Asie Mineure (آسيا الصغرى), la frappe de monnaie à son nom, la figurant comme impératrice de Rome " Septima Zenobia Augusta ", la fabrication d'un char impérial pour son couronnement à Rome... Sa révolte contre l'Empire romain apparaît comme une révolte contre la succession de plusieurs empereurs mous, inefficaces et incapables de diriger l'Empire et défendre ses frontières et ses intérêts. Mais, l'ensemble des entreprises de Zénobie privaient l'Empire romain de sa partie orientale, de ses richesses, de ses communications et de son grenier à blé, l'Égypte.

    Pour Rome et Aurélien, la nécessité d'éliminer Zénobie et anéantir Palmyre devint évidente. Le projet d'Aurélien est mis en exécution dès le début de l'an 272 ap. J.-C.

    Il commence par chasser les Palmyréniens de l'Asie Mineure (Ancyre, la Bithynie et la Cappadoce) ; dans ces positions avancées l'armée palmyréienne évite le véritable affrontement avec les Romains et se replie vers Antioche ; puis en constatant le déséquilibre des forces militaires entre les armées sur place, Zabada, le commandant en chef de l'armée palmyrénienne, donne l'ordre de se retirer d'Antioche, en secret, dans la nuit, pour concentrer l'ensemble des forces de son armée à Émèse (Homs aujourd'hui - حمص). Aurélien entre à Antioche sans véritable résistance. Resté sur place, il tarde à partir, attendant des nouveaux renforts.

    Puis, Aurélien et son armée renforcée se dirigent vers Émèse (حمص) et affrontent réellement, pour la première fois, en août 272, l'armée palmyrénienne, composée de 60 000 hommes, près d'Aréthus (al-Rastan aujourd'hui - الرستن). La mobilité et rapidité de la cavalerie romaine s'imposent à la lourdeur de l'équipement et de la manœuvre de la cavalerie palmyrénienne. Les combats s'achèvent par le triomphe romain et le repli des derniers hommes de l'armée palmyrénenne vers la ville d'Émèse afin de se réfugier derrière ces remparts.

    A Émèse (حمص), un conseil de guerre est tenu par Zénobie et ses généraux ; le retrait de l'armée vers Palmyre (تدمر) est décidé pour réorganiser l'armée et la résistance, défendre la ville et ses habitants de l'avancée inévitable de l'armée romaine, et enfin pour augmenter la capacité de son armée par des renforts venant de ses alliées, les Arabes, les Arméniens et surtout les Perses.

    Aurélien entre à Émèse (حمص) sans résistance réelle, il visite le temple du dieu de la ville et lui dédie sa nouvelle victoire ; puis il conduit son armada militaire à travers le désert syrien à la poursuite de Zénobie et son armée. Ce fut une traversée pénible qui dura une semaine car ses troupes furent harcelées en permanence par les Bédouins du désert.

    Aurélien organise alors le siège de Palmyre (تدمر), aidé par des renforts venant d'Égypte où l'armée romaine s'est à nouveau installée après avoir chassé les Palmyréniens de ce pays au début de l'été 272.

    Après l'échec d'un essai de négociations de capitulation entre Aurélien et Zénobie, l'attaque a lieu et tourne à l'avantage à l'armée romaine. Zénobie échoue dans sa tentative de fuite avec son fils, vers la Perse. Utilisant pour monture un chameau de course, elle fut rattrapée et capturée sur le bord de l'Euphrate .

    Palmyre capitula à l'automne 272, ses habitants sortirent de la ville pour laisser l'armée romaine piller ses demeures, ses entrepôts et ses temples ; Aurélien laissa la vie sauve aux Palmyréniens, mais il leur imposa de lourdes amendes et confisqua l'armement ayant servit à défendre la ville (armes, chevaux, chameaux...).

    Les responsables ayant joué un rôle déterminant dans la politique d'expansion et d'indépendance que Zénobie eut entreprise furent jugés et tués par l'armée romaine à son retour à Émèse (حمص). Parmi les victimes de cette vengeance, le philosophe grec Longin, le professeur et conseiller de Zénobie.

    Refusant de la tuer, Aurélien, emmena Zénobie à Rome, captive, pour la montrer au peuple, en 274, au cours de sa cérémonie triomphale.

    Après un règne mouvementé de 6 ans sur Palmyre (تدمر) et sa région, Zénobie vécut le reste de sa vie en Italie, à Trivoli ou à Tibur comme une paisible dame romaine. Quant à son fils Wahballat (وهب اللات), la majorité des sources historiques ne donnent aucune information, néanmoins, certains auteurs signalent sa mort lors de la bataille d'Émèse (حمص).

  • ZÉNOBIE
    D'après (Histoire Auguste - texte du commentaire)
    C'est la veuve d'Odénath, Septimia Zénobia, qui exerça le gouvernement dans la principauté palmyrénienne après la mort de son mari. Il est vrai qu'elle associa le fils qui lui restait, Vaballath, à ses pouvoirs ; en réalité, elle dirigeait elle-même les affaires en son nom : on remarque que l'H.A. fait un silence complet sur le jeune homme. Mais, contrairement à ce qui est affirmé par l'H.A., elle ne prit nullement le titre d'Augusta à la fin du règne de Gallien. Elle eut soin de maintenir en état son armée et se servit d'elle pour agrandir le territoire de la principauté en Syrie et en Asie, puis conquit l'Égypte après la mort de Claude, au début du règne d'Aurélien, en 270, et c'est seulement en 271 que Vaballath et Zénobie se dirent sur leurs monnaies, sans l'autorisation d'Aurélien, Auguste et Augusta, manifestant ainsi leur intention de rompre avec Rome et de fonder un Empire séparé. Cette mesure annonçait la guerre qui aboutit à la chute de Palmyre et à la fin de sa principauté, événements qui seront décrits dans la Vie d'Aurélien.

    Le chapitre sur Zénobie est surtout occupé par le portrait physique et moral de l'héroïne, portrait favorable dans l'ensemble, mettant en évidence son courage et sa virilité, sa beauté aussi. Il s'achève sur sa participation au triomphe d'Aurélien à Rome et la vie sauve que lui laissa son vainqueur. Le rédacteur a certainement utilisé de bonnes sources, tout en ayant ajouté des notations de son cru. Le portrait s'inspire fortement de celui que brosse Plutarque de Cléopâtre', dont elle se disait, évidemment à tort, une descendante. Il s'oppose fortement lui aussi à celui de Gallien.


  • ZÉNOBIE :
    D'après (Histoire Auguste - texte original)
    Nous touchons maintenant le comble de la honte puisqu'au milieu de la crise de l'État on en arriva à voir, pendant que Gallien se
    conduisait odieusement, même des femmes gouverner de façon excellente, et, qui plus est, des étrangères. En effet une étrangère nommée Zénobie - nous en avons déjà beaucoup parlé - qui se vantait d'être issue de la race des Cléopâtres et des Ptolémées, prenant la succession de son mari Odénath, plaça sur ses épaules le manteau impérial, se para à la manière de Didon, se coiffa même du diadème et, au nom de ses fils Hérennianus et Timolaus, règna plus longtemps qu'il n'eût été séant pour une personne de son sexe. Car cette femme altière détint le pouvoir impérial à la fois pendant que Gallien était encore à la tête de l'Etat, puis pendant que Claude était accaparé par les guerres contre les Goths ; et c'est non sans peine qu'Aurélien finit par la vaincre, la traîna à son triomphe et l'assujettit à l'autorité de Rome.
    Il existe une lettre d'Aurélien qui fournit un témoignage sur cette femme qu'il tenait prisonnière. Certains reprochent en effet au vaillant héros qu'il était d'avoir traîné une femme à son triomphe comme s'il se fût agi d'un quelconque général. Il se justifia alors en envoyant au Sénat et au peuple romain une lettre qui contenait cette attestation :
    « J'entends dire, pères conscrits, que l'on me reproche d'avoir eu un comportement indigne d'un homme en faisant figurer Zénobie à mon triomphe. Mais ceux qui me critiquent m'approuveraient certainement s'ils savaient de quelle trempe est cette femme, si avisée dans ses décisions, si tenace dans ses plans, si ferme vis-à-vis des soldats, si généreuse quand la nécessité le demande, si rigoureuse quand la discipline l'exige. Je puis dire que c'est grâce à elle qu'Odénath vainquit les Perses, mit Sapor en fuite puis parvint jusqu'à Ctésiphon. Je puis affirmer que cette femme inspira aux peuples d'Orient et d'Égypte une telle crainte que ni les Arabes, ni les Sarrasins, ni les Arméniens ne s'agitèrent. Je ne lui aurais du reste pas laissé la vie si je n'avais compris qu'elle rendit un grand service à l'État romain en se réservant, pour elle ou pour ses enfants, la domination sur l'Orient. Qu'ils gardent donc pour eux leurs langues venimeuses, ceux qui critiquent tout. Car s'il n'est pas glorieux d'avoir vaincu une femme et de l'avoir traînée à son triomphe, que dire alors de Gallien qu'elle humilia en gouvernant habilement l'Empire ? Que dire du divin Claude, ce général en chef irréprochable qui, tout absorbé par ses campagnes contre les Goths, la laissa, dit-on, exercer le pouvoir. II le fit du reste à dessein et avec sagacité afin que, tandis qu'elle défendrait les frontières orientales de l'Empire, lui-même pût mener tranquillement à bien les objectifs qu'il s'était fixés. »

    Ce message montre quelle opinion Aurélien avait de Zénobie. Elle était, dit-on, si chaste qu'elle n'avait de relations sexuelles avec son mari que dans un but de procréation. En effet, une fois qu'elle avait couché avec lui, elle refusait tout rapport jusqu'à ses prochaines règles pour voir si elle était enceinte'. Dans le cas contraire, elle lui permettait de tenter à nouveau d'avoir un enfant. Elle vivait au milieu d'un faste royal. Elle se faisait adorer plutôt à la manière perse et ses banquets se déroulaient selon le cérémonial des rois de Perse. Mais c'est à la manière des empereurs romains qu'elle se présentait aux assemblées des soldats, coiffée d'un casque et portant une écharpe de pourpre dont les franges laissaient à leur extrémité pendre des pierreries, tandis qu'était fixée au centre en guise de broche féminine une gemme en forme d'escargot ; ses bras étaient souvent nus. Elle avait le visage basané, le teint foncé, des yeux noirs d'une exception nette vivacité, un esprit extraordinaire, un charme incroyable. Sa dentition était d'une telle blancheur que beaucoup croyaient que des perles lui tenaient lieu de dents. Sa voix avait un timbre éclatant et viril.
    Elle affichait, quand la nécessité l'exigeait, la rigueur propre aux tyrans, mais quand l'équité le demandait, la clémence propre aux bons princes. Elle était d'une générosité mesurée, gérait ses trésors avec une économie rare chez une femme ; elle utilisait un carrosse, rarement une voiture pour dames, mais se déplaçait le plus souvent à cheval. Il lui arrivait, dit-on, souvent de faire avec ses fantassins des marches de trois ou quatre milles. Elle chassait avec une fougue toute espagnole. Elle buvait fréquemment avec ses généraux, bien qu'elle fût sobre par ailleurs ; elle buvait aussi avec des Perses et des Arméniens pour les faire rouler sous la table.Elle utilisait pour ses banquets des vases à boire en or rehaussés de pierreries ainsi que d'autres ne, ressemblant à ceux dont se servait Cléopâtre. Elle avait pour son service : la des eunuques d'âge avancé mais fort peu de filles.Elle avait obligé ses fils à parler latin, si bien qu'ils ne s'exprimaient en grec qu'avec difficulté et rarement. Pour sa part, elle n'avait pas une connaissance parfaite de la langue latine et était en la parlant paralysée par la timidité. En revanche elle parlait l'égyptien à la perfection. Elle était si versée dans l'histoire d'Alexandrie et de l'Orient qu'elle en composa, dit-on, un abrégé. Quant à l'histoire romaine elle l'avait lue en grec.
    Lorsqu'Aurélien l'eut faite prisonnière et qu'on l'eut amenée devant lui, il l'interpella en ces termes : « Alors, Zénobie, tu as osé insulter les empereurs romains ? » Elle lui répliqua, dit-on : « Toi, qui remportes des victoires, je te considère bien comme un empereur ; mais Gallien, Auréolus et tous les autres princes, je ne les ai jamais regardés comme tels. C'est Victoria, qui, je crois, me ressemble, avec laquelle j'aurais souhaité partager l'empire si les distances l'avaient permis. »
    Elle figura donc au triomphe, au milieu d'un tel faste que le peuple romain n'avait jamais rien vu de plus somptueux : elle était d'abord parée de pierreries si énormes qu'elle croulait sous le poids de ses joyaux. Elle dut en effet, dit-on, s'arrêter très fréquemment, en dépit de son énergie, en se plaignant de ne pouvoir supporter le fardeau de ses pierreries. Elle avait d'autre part des entraves d'or aux pieds ainsi que des chaînes d'or aux mains ; même son cou était ceint d'un lien d'or que soutenait un bouffon perse.
    Aurélien lui laissa la vie et l'on dit qu'elle vécut désormais avec ses enfants comme une matrone romaine dans une propriété qui lui avait été offerte à Tibur et qui porte aujourd'hui encore le nom de Zénobie, non loin du palais d'Hadrien et de l'endroit qu'on appelle Conca.

  • Zénobie et Odénath :
    D'après " HISTOIRE DE ROME " par Indro Montanelli,
    Edition augmentée et adaptée par Jacques Légaré et publiée sur le Web.
    • Valérien monta alors sur le trône. Il avait déjà 60 ans et se trouva simultanément avec 5 guerres sur le dos: contre les Goths, contre les Alamans, les Francs, les Scythes et les Perses. Il alla combattre ses ennemis d'Orient en laissant son fils Gallien s'occuper de ceux d'Occident. Mais il fut fait prisonnier, et Gallien devint le seul empereur. Gallien n'avait pas 40 ans; il était courageux, intelligent et résolu. À toute autre époque, c'eût été un souverain magnifique. Mais, désormais, aucune force humaine ne pouvait arrêter la catastrophe. Les Perses étaient en Syrie, les Scythes en Asie Mineure, les Goths en Dalmatie. La Rome de César, pour ne pas dire celle de Scipion, eût pu faire face à des désastres simultanés. Celle de Gallien n'était plus qu'une épave à la dérive, n'attendant que quelque chance inouïe pour se sauver.

    • Une chance comme il en arrive rarement eut lieu en Orient quand Odenath, qui gouvernait Palmyre pour le compte de Rome, battit les Perses, se proclama roi de Cilicie, d'Arménie et de Cappadoce, et laissa le pouvoir à Zénobie, la plus grande reine de l'Est. Zénobie était une créature qui s'était trompée de sexe à sa naissance. En fait, elle avait le cerveau, le courage, la fermeté d'un homme, disaient d'elle ses admirateurs. C'est ainsi que l'ancienne mentalité sexiste faisait la différence entre un homme et une femme: le caractère. On disait qu'elle n'avait de la femme que la subtilité dans la diplomatie. Officiellement, elle agit au nom de Rome; c'est même en tant que représentant de Rome qu'elle s'annexa l'Égypte. En réalité, son royaume fut un royaume indépendant qui se forma au coeur de l'Empire, mais qui fit digue contre les envahisseurs sarmates et scythes qui descendaient du Nord en masses compactes, et qui avaient submergé la Grèce. Gallien eut peine à les battre. En guise de remerciement, ses soldats le tuèrent. Son successeur, Claude II, les retrouva en face de lui plus forts qu'avant. Lui aussi ne les battit qu'à grand-peine dans une rencontre qui, s'il eût eu le dessous, eût été la fin de Rome. Mais le carnage fit naître la peste dont Claude en 250 mourut lui-même. Et voici que Rome commençait à sentir l'inéluctable pression des Barbares à ses frontières dont on entendait les craquements comme une porte forcée par des cambrioleurs.

    • Enfin sur le trône grimpe un grand général, Domitius Aurélien, fils l'un pauvre paysan d'Illyrie, surnommé par ses soldats : la main à l'épée. Il n'avait jamais été que militaire; mais il avait l'étoffe d'un homme d'État. Il comprit tout de suite qu'il ne pouvait pas combattre tous ces ennemis à la fois. Aussi eut-il l'idée d'en gagner quelques-uns par la diplomatie, l'arme des faibles quand on est une crapule ou des bons quand on est civilisé: il céda donc la Dacie aux Goths, qui étaient les plus dangereux, pour les faire rester tranquilles. Après quoi, il attaqua séparément les Vandales et les Alamans, qui envahissaient déjà l'Italie, et les dispersa au cours de 3 batailles consécutives. Mais il se renaît compte que ces victoires ne faisaient que retarder la catastrophe et non pas l'éviter. Aussi recourut-il à une mesure qui contresignait la mort de Rome et le début du Moyen Âge. Il ordonna à toutes les villes de l'Empire de s'entourer de murs et de ne plus compter, dorénavant, que sur leurs propres forces. Le pouvoir central abdiquait.

    • Ce ne fut pourtant pas cette vision pessimiste de la réalité qui empêcha Aurélien de continuer à faire son devoir jusqu'au bout. Il n'accepta pas le séparatisme de Zénobie, marcha contre elle, battit son armée, la fit prisonnière dans sa capitale même, mit à mort son 1er ministre et conseiller, Longin, la conduisit chargée de chaînes à Rome, et la relégua à Tivoli où elle vieillit en paix dans une villa splendide non sans y jouir d'une liberté relative. Cet acte de mansuétude indiquait-il que Rome, même à la guerre, devenait sensible à la pitié, sensible au respect de la vie par-delà les nécessités politiques? On aimerait le croire; mais, en histoire, on ne croit que ce qui est vérifiable; en conséquence, peine est de constater que l'implacabilité cruelle des intrigues et des combats demeura l'inflexible règle. Pour y échapper, Zénobie devait avoir bien du charme...